Le revers de la médaille

Haul out de vela dare 2023
On doit sortir vela dare de l eau en urgence

On pense que la vie de voileux, c’est farniente sur une plage de sable blanc avec des cocotiers. En fait, il y a le revers de la médaille… Ici un petit reality check.

Conditions météo pas toujours favorable

On attendait depuis 3 semaines un vent qui nous pousse vers Tahiti. Finalement, on est parti de Rangiroa (voir dernier article ici) avec une météo annonçant peu de vent en espérant qu’il y en ait plus qu’annoncé. Et bien non, on a fait les 2/3 du trajet au moteur, soit environ 50 heures au moteur. Et la dernière partie du trajet, le long de la Presqu’ile fut fort désagréable avec de la houle de 3 mètres sur le côté.

Les gros ennuis techniques

Sur notre voilier nous avons un saildrive SD50 (embase qui relie le moteur à l’hélice). Une bête à misères qui nous a déjà bien couté en sueur, en discussions et en argent. Déjà en 2018 nous avions dut faire changer le cône du saildrive en Martinique (une plaisanterie à 1300 Euros, voir ici). Ceci alors que notre moteur n’avait pas encore 500 heures de fonctionnement.

En novembre 2022, nous avions déjà constaté que le niveau d’huile de notre saildrive avait augmenté. On avait fait une vidange. Comme l’huile était transparente, pas de mayonnaise qui aurait dû se produire si on avait un mélange eau-huile, on avait juste remis de l’huile neuve.

Eau dans huile du saildrive
A droite l huile avec 5% d eau salée et à droite avec 15% d eau salée, il commence à se former une émulsion comme une mayonnaise

Depuis, on contrôlait régulièrement le niveau d’huile qui augmentait petit à petit. Finalement, quand on est arrivé à Tahiti, l’huile s’est échappée dès que le bouchon du réservoir a été enlevé. Cela signifie donc plus de 1 dl d’eau pour 2.2L d’huile en 150 heures de moteur. Donc 3 fois plus qu’en novembre…

Haul out en urgence

Willi contacte un spécialiste en Suisse. Il nous confirme que les joints du saildrive ne sont plus étanches. Si on laisse de l’eau salée dans le saildrive, celui-ci risque de se corroder. Pour changer les joints, il faut sortir le bateau de l’eau (faire un « haul-out »).

En fait, on avait prévu de sortir le bateau aux Fidji et d’y refaire l antifouling.   Mais on n’ose pas faire une si longue traversée en ayant des soucis de moteur/saildrive.  Après bien des discussions, on décide de voir si on peut sortir le bateau à Taravao. Nous avions fait le dernier carénage ici il y a juste une année (voir article « petits imprévus » ici) Par chance, Yvan nous propose de le faire le surlendemain. Willi passe son après-midi à chercher des modes d’emploi sur internet et les outils nécessaires pour changer ces joints. Heureusement, on avait déjà acheté les joints en novembre.

Nouvel antifouling

Normalement on ne pouvait sortir le bateau que pour 24h, donc juste le temps de changer les joints. Mais finalement, comme Yvan avait fini ses travaux plus tôt, on a pu sortir le bateau un jour plus tôt (on a 48 h avant le prochain client). Donc je décide de refaire l antifouling du bateau. Par chance Yvan peut me procurer de l antifouling compatible à celui d’avant. On passe donc de l antifouling Pacifica Plus en vert à Trilux33 en noir.

joint du saildrive
le joint du saildrive qui doit être changé

Le premier jour Willi se concentre sur le démontage du saildrive. Les vis sont corrodées, tout croche et il lui faut 3 heures pour le démonter (et bien des jurons… ).

Pose de l antifouling
Il faut peindre deux quilles et entre les quilles

Je passe donc la première journée toute seule pour préparer la coque et passer un premier pot de peinture antifouling. A 17h30 je décide de ne pas entamer le deuxième pot de peinture, même si je n’ai repeint que les ¾ du bateau. Quand on a un bi-quille, il y a deux quilles à peindre et surtout toute la partie entre les quilles. Donc des heures à peindre les bras en l’air au-dessus de la tête… vive les courbatures.

Temps de cochon

Le soir, je regarde la météo sur internet. Ils annoncent des averses et des fortes pluies pour les deux prochains jours. Je n’arrive pas à dormir, j’ai trop peur qu’avec la pluie on ne puisse pas finir de repeindre le bateau.

Finalement on se lève à 5 heures du matin pour finir la première couche, il fait à peine jour. Vers 6h30, les averses commencent. J éponge au moins 4 fois le bateau pour pouvoir continuer un peu à peindre entre deux averses… On aimerait pouvoir mettre 3 couches juste sous la ligne de flottaison. Finalement, à partir de midi, le soleil se lève et plus une goutte de pluie jusqu’au soir. Si j’avais su…

vela dare avec antifouling noir
vela dare a maintenant un antifouling noir

Mauvaise nouvelle

Le grand problème du voyage, c’est que l’on est loin de sa famille et de ses amis. On ratte beaucoup de bons moments en commun (naissance, fêtes d’anniversaire, Noel etc…). Mais le plus dur, c’est lorsque l’on reçoit des mauvaises nouvelles tels que les accidents et les décès. On se sent très impuissant à l’autre bout du monde. On se demande comment on pourrait les aider, si on devrait rentrer, si on peut laisser le bateau seul au mouillage pour rentrer, si un trajet en avion de plusieurs jours est envisageable et réalisable…

Cette fois, nous avons appris la triste nouvelle de la mort de notre belle-sœur. C’est difficile de savoir ce qu’on peut faire, ce qu’on devrait faire. Après plusieurs coups de téléphone, Willi décide de rester avec moi sur le bateau. Notre moral est au plus bas pendant plusieurs jours, on a beaucoup de mal à accepter cette mort. Nous sommes de tout cœur et en pensée avec la famille.

Multiples travaux d’entretien avec embuches

Normalement on passe entre 30 minutes et une heure par jour à faire des travaux d’entretien du bateau. Mais on a profité un maximum des iles des Tuamotu et on a un peu négligé les corvées. On a juste gratté la coque et changé les joints du désalinateur. On a profité du beau côté de la médaille et maintenant, c’est le revers de la médaille. La liste des travaux semble sans fin.

faux matériel
Quand on se fait vendre le faux matériel

On veut préparer le bateau pour notre départ vers les Fidji et on profite du mouillage calme et de la proximité de la petite ville de Taravao : achats de diesel, essence et pétrole, faire le plein d’eau douce avec les jerricans et le dinghy, aller à la laverie, organiser l’achat de nouveaux matelas, vidanger l’huile du moteur, changer le joint de la pompe de refroidissement du moteur, vidanger l huile du moteur du dinghy…

Et bien entendu tout prend plus de temps que prévu. Par exemple, on a été exprès dans deux magasins de matériel maritime pour acheter les pièces originales pour notre moteur de dinghy. Finalement, ils nous ont vendu des joints et des vis qui ne correspondaient pas. Et on est bien embêté, quand on est au mouillage et que l’on ne peut plus faire démarrer son moteur de dinghy pour aller acheter le bon matériel… (Merci Romain pour le service de taxi).

WC bouchés

Et pour finir en beauté, la pompe des WC ne s’arrête plus. Comme on a un réservoir d’eaux noires, il y a plusieurs coudes dans nos conduites et des vannes. Et c’est là que s amoncèle une croute de calcaire-déchets fécaux…

vanne WC bouchée
La vanne des WC est bouchée

On passe donc notre dimanche à démonter les conduites, les nettoyer et remonter le tout. Je vous laisse imaginer les odeurs et la sueur par 35°C…

Le beau côté de la médaille

Mais comme dit ma maman, s’il n’y avait pas de revers de la médaille, il n’y aurait pas de médaille !

Et il y a des jours où on a droit à la récompense et que l on se souvient des raisons pour lesquelles nous avons choisi ce mode de vie.

la vie est belle